2 – Maîtriser l’information et surmonter l’incertain

« L’ordre » et « le désordre » ou (chaos) représentent l’une de ces paires de termes que l’on croit si souvent contraires dans les sociétés occidentales et que d’autres préfèrent qualifier de complémentaires, l’un engendrant et découlant de l’autre. L’exemple de chaos probablement le plus souvent cité est le big bang. 

[Voir schéma 1: Ordre et désordre, l’équilibre à trouver]

Que l’on soit convaincu ou non de cette théorie de création du monde, son image illustre parfaitement le propos: d’une explosion phénoménale s’est constitué notre monde, notre univers, dont notre planète, sur laquelle sont apparus divers règnes (minéral, animal, végétal et humain). De cet explosion ont surgi (notamment) des êtres organisés (nous les êtres humains) qui n’avons eu de cesse de classer et codifier le monde afin de lui donner de la cohérence et pouvoir le nommer et interagir avec lui. Or, ce faisant ont surgi de plus en plus d’informations à capter, visibles ou invisibles, que l’on a dû saisir, traiter, assimiler ou rejeter et finalement utiliser ou stocker. A mesure que la technologie a évolué, elle est venue compléter nos premiers outils pourtant performants que sont nos organes des sens et notre intuition. Pensant que la technologie ferait ce travail de classement et de traitement plus vite que nous, nous avons par exemple adopté le téléphone pour communiquer à distance et ainsi échanger plus d’informations de distances de plus en plus grandes. Nous avons aussi développé Internet qui permet d’avoir accès à encore plus d’informations de toutes sources en provenance de toujours plus de sources éloignées et toujours plus vite. Mais à quoi nous servent toutes ces informations? 

A chaque fois qu’il est confronté au chaos ou à ce qu’il interprète comme étant le chaos par rapport à son propre état psychologique, sa connaissance et classification des choses qui l’entourent, son propre programme de fonctionnement, l’être humain se sent en danger. Il met alors en route son instinct de survie. Il n’a plus de rassurantes certitudes.

[Voir schéma 2: Réponses à un événement perturbant]

La première façon de réduire ce sentiment désagréable qui grandit en lui est de collecter toujours plus d’informations, donc de connaissances pour abaisser ce niveau de mal-être grandissant. Une fois qu’il a toutes ces informations, il doit en faire quelque chose sinon le chaos continue de grandir et lui s’enfonce toujours plus loin. Il perd ses moyens et ne sait plus faire face. La déprime, la fatigue, la dépression, les mauvaises décisions ou l’inaction grandissent. Lui se sent de plus en plus incompétent, inadapté, inapte, voire incapable. 

[Voir schéma 3: La spirale infernale de l’enferment et de la dépression]

Comment s’est donc créé cette spirale infernale de stress, d’angoisse, de diminution de l’estime et de la confiance en soi? Quelle en est la source? Sa capacité à faire face à l’incertain. Devant une situation nouvelle, quoi et comment faire? L’être humain puise en premier lieu dans ses ressources naturelles, ses habitudes de fonctionnement plus ou moins bien adaptées à la situation et essaie de trouver des solutions. Quand il y arrive, il a trouvé un moyen de faire entrer cette nouvelle situation dans son ordre personnel habituel. Il est sauvé. Parfois, il doit aller puiser dans d’autres ressources moins faciles à mobiliser et trouver des ressources inhabituelles, créatives. Pour cela, il doit faire des efforts, se dépasser, être curieux, imaginer et oser pour retrouver son équilibre en créant un nouveau monde personnel cohérent. Dans les deux cas, il rend l’incertain plus certain pour se sortir d’une situation perçue à juste titre ou non comme un risque, un danger. Mais l’a-t-il correctement évaluée?

[Voir schéma 4: La décision éclairée en contexte incertain]

Face à une nouvelle situation, il est donc urgent de ne rien faire. De ne pas recommencer automatiquement une nième fois ce qui n’a pas marché les fois précédentes. De faire une pause. Il s’agira pendant ce temps d’évaluer correctement la situation, avec une nouvelle paire de lunettes, pour être ensuite en capacité de « danser avec elle ». La première étape nécessite un traitement conscient de l’information très complexe et somme toutes, si on s’arrête à cela, sûrement limité. Qui sommes-nous en effet pour imaginer pouvoir traiter toutes les informations correctement afin de mettre en œuvre la « bonne » solution? Alors pourquoi ne pas aller plus loin et acquérir la capacité d’agir « en dansant » face à l’inconnu et à l’imprévu? Certes encore plus difficile à appréhender car elle est très éloignée de nos schémas de fonctionnement usuel, elle réside dans l’acquisition d’aptitudes à faire corps avec l’incertain, à bouger avec lui en entamant une espèce de danse de la vie qui éloigne la peur et  l’angoisse, permettant d’avancer en positivant chaque démarche, en saisissant l’invisible, l’indicible, le non-palpable et en le transformant en atout. Eradiquer la peur, avancer en confiance, surfer sur la vague, c’est savoir saisir d’autres opportunités, déployer ses ailes et finalement aller vers la recherche la plus profonde de soi et de ses propres capacités. Cela nécessite des aptitudes particulières d’adaptabilité et de courage. Le courage d’affronter ce dont on ne peut être sûr en avançant pourtant avec confiance parce que l’on veut croire qu’après ce que l’on considère aujourd’hui comme une épreuve, il y aura une récompense

Si le chaos implique souvent le contrôle, l’ordre et ses corollaires (l’autorité, le pouvoir, donc la réduction de l’indépendance et de la liberté), pourquoi ne pas envisager qu’il est en notre pouvoir de revoir notre façon de penser et d’agir dans l’incertain pour acquérir au contraire plus de liberté, de confiance, de bien-être et de santé?

Je vous invite à lire la suite sur «Les sources de l’incertain: complexité, nouveauté et rapidité» ou à relire le début « L’être humain dans son espace de vie » 


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