L’Art de l’Accompagnement

L’accompagnement est-il un art ou une science? S’il était une science, il permettrait notamment de mener  des expériences reproductibles dans les mêmes conditions. Or, le terreau humain des besoins, des valeurs, des motivations et des personnalités étant infini, il existe une palette extrêmement riche de nuances sur lesquelles jouer dans un acte d’accompagnement; ce qui le rend unique et non reproductible. Il fait davantage référence à un posture et à une démarche méthodologique qu’à une liste d’outils à utiliser en protocole. Par ailleurs, si l’on en croit le puissant et incontournable dictionnaire en ligne www.cnrtl.fr, la science est « conçue comme pure conscience indépendante des applications » alors que l’accompagnement, lui, est composé de « procédés conscients par lesquels l’homme tend à une certaine fin, cherche à atteindre un résultat. » Ainsi, oui, l’accompagnement est bien un ART.

Partie du milieu médical avec l’accompagnement des malades, la notion d’accompagnement a peu à peu atteint le milieu du travail grâce aux « nouvelles règles » issues du « grand renversement » sociétal de ces dernières années. Elles ont donné naissance à un changement de paradigme managérial.

[Schéma 1 – Les Nouvelles Règles du Social selon I. Astier (2007)]

La mise en avant de l’individu au détriment du groupe a rendu nécessaire la personnalisation  et la responsabilisation alors que la pyramide hiérarchique avait tendance à s’aplatir, changeant dans le même temps les rapports entre dirigeants, pairs et collaborateurs et instaurant un besoin de reconnaissance personnelle ainsi qu’un rapport plus égalitaire. Né dans cette mouvance, l’accompagnement s’est forgé une place de choix dans le monde du travail où sa pratique n’est pourtant pas devenue uniforme, loin s’en faut, tellement les enjeux et les besoins de la fonction sont complexes à saisir. A la croisée de deux mondes, l’émergence de ce que … appelle la « nouvelle donne managériale » fluidifie son approche avec le temps tout en la rendant incontournable.

[Schéma 2 – Le Changement de Paradigme inspiré de M. Paul (2009)]

Il n’en demeure pas moins que l’accompagnement est un exercice exigeant qui requiert des qualités que beaucoup considèrent comme paradoxales, le rendant difficile à exercer en alliant  pleinement « philosophies de l’Être » et « philosophies de l’Agir », comme le précise …. Il ne s’agit donc pas de verser dans la simple sollicitude ou générosité d’une démarche humaniste pure qui pourrait mener à considérer la personne accompagnée comme « un sujet en difficulté, paralysé, confronté, angoissé, de toute façon incapable de résoudre seul la situation dans laquelle il se trouve et fort heureux de rencontrer une âme bienfaitrice », mais de l’entourer d’une démarche méthodologique ancrée dans le réel et centrée sur la relation qui lui permette de développer son « savoir-agir » et sa capacité à « se penser lui-même ». Cohabitent aussi deux notions qui pourraient être considérées comme irréconciliables par certains:  la nécessité de faire « don de soi » et celle d’être rémunéré pour le faire impliquant d’avoir un contrat et de rendre des comptes sur l’objectif à atteindre. 

[Schéma 3 – Le Paradoxe de l’Accompagnateur ]

Afin de travailler sur autrui et avec autrui, il s’agit pour l’accompagnant de garantir à la fois un cercle de confiance sécurisant la relation tout en ne se sentent pas lui-même dépossédé de son rang ou de ses prérogatives en accompagnant ses « clients » sur la route de l’enrichissement personnel et professionnel. Car il s’agit bien de cela: faire en sorte de mettre en valeur les qualités, compétences et talents de chacun de façon à ce que, exprimés, ils rendent la personne à la fois, autonome, efficace, efficiente et pertinente dans les réponses qu’elle apporte aux problématiques de l’environnement pour lequel elle « consulte ». [A noter que je n’emploie pas ici le terme « suivie » car il pourrait laisser supposer que la personne n’est pas active, qu’elle se laisse simplement guider.  Or envisager un accompagnement dans lequel aucune demande ne serait formulé ni  aucune démarche de construction souhaitée, serait vain (Chappaz, 1998 citant Wiel, 1998)]. Par ailleurs, la « nouvelle donne managériale » a aussi « accéléré » le temps dans le sens où il ne s’agit plus de compter sur un emploi à vie avec un visée long terme pour contribuer au développement de la personne mais plutôt de lui permettre d’acquérir suffisamment de compétences, de les renouveler régulièrement pour rester à la page et ainsi continuer à être performant sur le court terme. Cette double nécessité semblerait être à l’origine du développement de l’accompagnement tout au long de la vie déconnecté de l’entreprise, responsabilisant en tout point la personne sur les moyens qu’elle se donne afin de rester « à la page » dans un monde changeant si rapidement.

[Schéma 4 – La Double Visée Asymétrique de l’Acte d’ Accompagnement]

De nombreux domaines se réclament de « l’accompagnement professionnel»* (coaching, bilan de compétence, mentorat, tutorat, formation ou encore aide à la personne). Ils en ont chacun une interprétation.

Voici la définition donnée par M. Paul qui nous explicite une définition très intéressante de l’accompagnement qui pourrait peut-être servir de ligne d’horizon à tous ces domaines : 

« Il est repéré comme fonction, fondée dans une posture spécifique ne prenant sens que dans un type de relation articulant parité relationnelle et disparité des places, soutenue par une démarche méthodologique de l’ordre du processus réflexif et visant une action dans le réel ».

[Schéma 5 – Les Essentiels de l’Accompagnement]

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