Le Projet de Recherche

Le projet de recherche mis en lumière sur ce site s’inscrit à la fois dans une longue pratique managériale, un cheminement personnel et professionnel et des dispositions personnelles particulières mêlant prise de recul par rapport à ma pratique, lecture et revue littéraire multidisciplinaire, réflexion, rencontres, questionnements.

Il est mû par la passion de la découverte de l’autre et par là même, de soi. Il est ainsi le fruit d’une introspection tout autant que d’un regard attentif sur un monde en accélération vers un futur émergent, ancré dans un passé toujours inspirant, et dans un présent dont la réalité est trop souvent morcelée. Elle souffre de ce fait d’un flou pernicieux lui-même alimenté par la remise en cause d’un schéma social jusque-là rassurant, une certaine anémie culturelle et le surgissement explosif et bousculant des nouvelles technologies.

Un élément pourtant reste incontestable dans ce monde changeant: la capacité quasiment infinie d’apprentissage de notre corps. Auréolé de mystères et de peurs, le corps est rarement pris, dans le monde du travail, pour un atout. Pourtant, il est à l’origine de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous faisons. Sans corps, pas d’humain. Au travail comme ailleurs. Il est à la fois le serviteur zélé de nos désirs et le maître de nos vies. Il est le moyen par lequel nous réalisons nos projets, donnons vie à nos envies, transmettons nos messages.

Le corps a de nombreuses vertus. Sa seule présence peut rassurer ou effrayer. Ses attitudes expriment ainsi nos intentions (réelles ou masquées), nos émotions et créent ainsi la relation. Leur décryptage est parfois savant mais incite, dans tous les cas, à la curiosité. La magie d’une présence consolante va de pair avec l’horreur de la menace et de la violence dont elle est capable parfois. Et que dire de l’impact de l’absence de l’autre sur celui qui reste?

D’un autre côté, il faut aussi prendre en compte le fait que la conception du corps est différente selon les cultures et alimente des schémas de pensées et des projections diverses à son sujet. Ainsi en Occident, une rupture nette est faite entre le corps et l’esprit ce qui mène à un combat interminable (bien qu’à mon avis, stérile) de l’un sur l’autre, alors qu’en Asie ils sont irrémédiablement liés tandis qu’en Afrique, le corps fait en plus partie du corps social, de la communauté. 

Le corps a aussi des limites. Il y a très longtemps, nous avons appris à ne pas nous en contenter. Même l’entraide possible entre congénères a été vite insuffisante. L’être humain à travers les âges s’avère être un optimisateur invétéré de la quantité d’informations traitées et de la somme des choses qu’il peut faire dans un temps imparti et/ou dans un espace donné. C’est ainsi qu’il a trouvé utile de s’aider d’outils qui démultiplient sa propre palette agissante sur le monde environnant. Ils sont devenus des extensions à part entière du corps, nourrissant autant l’esprit que les réalisations.  De la pierre taillée au dernier outil informatique, ils améliorent ses performances par le truchement d’objets externes à lui, au risque de traiter le corps lui-même comme un objet que l’on peut vendre, donner ou prendre avec toutes les préoccupations éthiques que cela comporte. 

Ainsi comprendre les codes du corps et les stratégies corporelles mises en place consciemment ou inconsciemment par chacun pour vivre en société, nous interrogent-ils sur qui nous sommes, ce que nous voulons vraiment et comment nous nous y prenons pour les obtenir. Ils reflètent ou rejettent les croyances, les règles et les normes en place, à la fois individuelles et collectives.

Le projet de cette recherche s’articule donc autour de la définition de ces qualités qui éloignent le corps de l’objet, qui réconcilient présence et absence du corps dans un monde où le digital brouille les lignes, nous faisant envisager un futur dominé par les machines et l’intelligence artificielle. L’humain a pourtant des qualités propres, complémentaires, qu’il est nécessaire de (re)définir et d’alimenter. Cela permettra notamment dans le monde professionnel, de repenser l’humain au travail, une question cruciale pour aborder le virage de la formation et l’ancrage des compétences adéquates pour le monde de demain. 

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